Mots clés ‘Accès à l’eau’

Reconnaissance du droit de l’eau

Publié le 21 avril 2010

La 3ra Feria Internacional del Agua (la 3e Rencontre internationale sur l’eau) qui avait lieu en Bolivie a prit fin ce dimanche 18 avril sur une note énergisante. Pour cause, l’événement a rassemblé près de 400 personnes, paysans et paysannes, citadins et citadines, syndicalistes, membres de coopératives de protection de l’eau, militants et militantes pour le droit à l’eau ainsi que représentants et représentantes d’organisations et de mouvements locaux, régionaux, nationaux et internationaux.

Trois jours durant, une cinquantaine de kiosques habillement animés ont permis à des représentants et représentantes d’organisations mais aussi et surtout, à des hommes et des femmes, membres de coopératives de protection de l’eau, d’échanger sur les pratiques et les stratégies qu’ils et qu’elles ont mis en oeuvre en matière de distribution et de conservation de l’eau, de santé et d’hygiène voire même de mise sur pied de projets d’habitations écologiques.

De surcroît, plusieurs ateliers thématiques, notamment sur la contamination de l’eau et le changement climatique, les stratégies publiques-communautaires de gestion de l’eau et l’élaboration de cadres juridiques contre la privatisation des sources d’eau ont réuni un public enflammé faisant fi des contraintes de temps allouées aux séances de discussion.

L’événement s’est déroulé à un moment stratégique, tout juste avant la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique qui, elle aussi, se déroula à Cochabamba et à laquelle plus de 10 000 personnes de tous les continents se sont à présent inscrites. Les thèmes de l’eau et du changement climatique étant intrinsèquement liés, la Feria del Agua servira de pont afin de partager les modes de gestion alternative de l’eau proposés par les participants et les participantes avec les membres de chacun des dix-sept groupes de travail de la Conférence mondiale. 

De ces trois jours d’échange et de délibération, il ressort que dix ans après la Guerra del Agua et le départ du consortium privé auquel avait été concédé le service d’eau de Cochabamba, il reste encore beaucoup de travail à accomplir afin d’assurer le droit à l’eau pour tous. Les voix ont convergé pour appeler les hommes et les femmes à s’unir afin de lutter contre le manque d’accès à l’eau, de surcroît à l’eau potable, un problème non seulement environnemental mais aussi et surtout un problème lié aux modes de développement et de production de masse désormais internationalisés et qui monopolisent et contaminent les sources d’eau.

Pour y remédier, les participants et les participantes ont exprimé l’importance, pour les populations locales qui par définition partagent une relation étroite avec leur environnement, de récupérer le contrôle sur leurs ressources et, notamment, sur la gestion de l’eau. Davantage qu’un modèle de gestion locale de l’eau, ils et elles ont proposé un modèle de gestion reconnaissant l’eau tel un élément de la nature doté de droits. Pour assurer les droits de l’eau, ils et elles ont réitéré l’importance de récupérer les savoirs millénaires des populations autochtones en ce qui a trait à la nature et plus spécifiquement à l’eau. Sans verser dans le Avatar Bolivia, c’est-à-dire le romantisme et l’idéalisation des coutumes ancestrales, ils et elles ont su proposer un cadre de gestion de l’eau basé sur les cultures andines et, adaptable aux réalités contemporaines. Ce modèle doit d’abord et avant tout respecter et s’adapter aux cycles de l’eau et non pas être conçu en vue de modifier les cycles de l’eau.  

Enfin, les participants et les participantes ont lancé un appel à la mobilisation. Ce n’est qu’à partir de la proposition de stratégies axées sur la dignité des hommes et des femmes et sur le respect de la Terre Mère qu’il sera possible d’élaborer des lois et des politiques visant à réguler l’utilisation de l’eau, de restaurer l’équilibre des cycles de l’eau et de concrétiser le droit à l’eau pour tous ainsi que le droit de l’eau.

Au final de la rencontre, une déclaration a été élaborée par les participants et participantes présents à la Feria del Agua. Elle sera distribuée lors de l’assembles des mouvements sociaux qui se tiendra le 19 avril dans le cadre de la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique.

Bolivie: la lutte pour le droit à l’eau à Cochabamba

Publié le 18 avril 2010

À l’instar de ce qui s’est produit dans la majorité des pays du continent latino-américain, les Boliviens et les Boliviennes ont subi une perte progressive du contrôle de la gestion de nombre de leurs ressources à travers une série de ‘’nouvelles politiques économiques’’ – néolibérales – au cours de la décennie 1980. Bien que le processus de privatisation n’était pas étranger pour les peuples de Bolivie à la fin des années 1990, la concession du service d’eau de la municipalité de Cochabamba à un consortium privé le 3 septembre 1999 a entraîné une vague de mobilisations sans pareil, communément appelée la Guerra del Agua (la Lutte pour l’eau), qui a servi et sert encore aujourd’hui de modèle pour les communautés et les peuples luttant pour la sauvegarde de leur droit à l’eau.

Cette lutte pour l’eau s’explique en partie par le fait que Cochabamba, troisième plus grande ville de Bolivie, est aux prises avec de sérieux problèmes d’approvisionnement en eau depuis plus de 50 ans. Région agricole, l’accès à l’eau revêt une importance particulière non seulement pour la consommation des personnes, des familles et des communautés mais également pour l’irrigation des terres. Les périodes où l’eau s’est faite rare à Cochabamba ont fortement été utilisées, tour à tour, par les autorités politiques qui se sont succédées.

L’eau revêt également un caractère sacré pour plusieurs communautés rurales de la région. Leur vision andine de l’eau, celle qui conçoit l’eau non pas telle une simple ressource naturelle mais tel un élément de la nature doté d’une vie propre, ne peut en aucun cas s’accorder avec le concept de marchandisation qui sous-tend tout processus de privatisation. Pour les nombreuses communautés qui partagent cette vision, l’eau est au service de tous les êtres humains et ne peut, en conséquence, appartenir à personne. De surcroît, selon cette conception, le droit à l’eau est davantage qu’un droit humain, c’est également un droit de la Terre Mère. 

En plus de violer la conception andine de la nature, la privatisation de l’eau à Cochabamba a eu pour effet de forcer les communautés qui récoltaient l’eau de pluie à renoncer à cette pratique, d’obliger les gens à payer pour l’utilisation de leurs propres puits ou à se connecter au réseau de distribution de la compagnie moyennant un tarif qui a augmenté de façon exponentielle avec la concrétisation de la concession du service d’eau. En certains endroits, les tarifs ont augmenté de 100%. En analysant la vision andine de l’eau et l’impact que la privatisation a eu sur l’accès à l’eau, il est plus aisé de comprendre que nombre de paysans et de paysannes se sont unis aux utilisateurs et utilisatrices des services d’eau de la ville pour dénoncer et lutter contre la concession du service d’eau de la région à un consortium privé, de surcroît étranger.

Néanmoins, la lutte pour le droit à l’eau à Cochabamba est beaucoup plus qu’une histoire de lutte populaire. Elle est, en même temps qu’une lutte, une histoire de participation citoyenne et de coordination sociale. Bien avant qu’éclatent les manifestations populaires qui ont rassemblé parfois jusqu’à 100 000 personnes, un travail de reconstruction du tissu social et d’organisation populaire avait été amorcé afin d’assurer le succès de la lutte pour le droit à l’eau.

En effet, dès la concession des services d’eau potable au consortium étranger et la promulgation de la loi 2029 qui entérina la privatisation de l’eau à Cochabamba en septembre et octobre 1999, plusieurs organisations régionales (comités civiques, comités de suivi, coopératives, comités et associations de défense de l’eau) se sont réunies dans le but d’exiger une dérogation à la loi et l’annulation du contrat de concession du service d’eau. Les représentants et représentantes de ces associations et comités ont décidé d’organiser une coordination départementale de défense de l’eau, la Coordinadora para la Defensa del Agua y de la Vida (la Coordination pour la défense de l’eau et de la vie). Ce n’est que lorsque les tarifs d’accès à l’eau ont subi une augmentation en décembre 1999 que la vague de manifestations a réellement débuté, suivie d’une vague de répressions. Le fait que les gens étaient déjà organisés et unis pour défendre un bien commun a forcé le gouvernement à se plier au dialogue et, trois mois plus tard, à révoquer le contrat conclu avec le consortium privé.

Le triomphe des Cochabambinos et des Cochabambinas démontre que la lutte pour la défense de nos droits exige d’abord et avant tout d’agir ensemble et de lutter par le biais d’actions concrètes et coordonnées pour un but commun. À Cochabamba, il s’agissait de celui de défendre le droit à l’eau pour tous.

Ann Dominique Morin
Développement et Paix

Bolivie: Développement et Paix à la Feria Internacional del Agua

Publié le 17 avril 2010

La lutte historique des peuples de Cochabamba pour l’accès à l’eau :
rétrospective des alternatives à la privatisation et célébration de 10 ans de victoire

En avril 2000, les peuples de Cochabamba (Bolivie) célébraient la victoire de la lutte historique qu’ils ont menée au nom de la sauvegarde du droit collectif à l’eau. Renversant avec succès le processus de privatisation des services d’eau en cours à Cochabamba et ses environs, leur triomphe est rapidement devenu un symbole de la lutte des peuples contre la privatisation des ressources naturelles au nom de la dignité humaine et de la vie.

Dix ans plus tard, des citoyens et des citoyennes sont invités à se rassembler dans le cadre de la 3ra Feria Internacional del Agua (http://feriainternacionaldelagua.org/2010/02/20/bienvenue/) dans le but de commémorer leur combat, d’échanger sur une décennie d’expériences alternatives (publiques et communautaires) de gestion de l’eau, de renforcer les mouvements locaux, nationaux et internationaux luttant pour le droit à l’eau et d’appeler ceux-ci à poursuivre  le travail qui permettra d’assurer la sauvegarde du droit collectif à l’eau et les droits de la Terre Mère.

La 3ra Feria International del Agua qui se tiendra du 12 au 18 avril 2010 à Cochabamba permettra de réunir des militants et des militantes de plusieurs organisations sociales de Bolivie, d’Amérique latine, d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Europe et des représentants et des représentantes du gouvernement bolivien. À titre d’organisations sociales et de mouvements sociaux seront entre autres présents ASICA-SUR, Red Vida,  Focus on the Global South et le Forum italien des mouvements pour l’eau. Du Canada, assisteront également Développement et Paix et le Conseil des Canadiens.

Nous vous invitons à nous suivre (http://jeunesse.devp.org/) au cours des prochains jours pour en connaître davantage sur cet important événement qui sera l’occasion d’en apprendre davantage sur les actions menées par des partenaires de Développement et Paix.

 « L’eau appartient à tout le monde, l’eau n’appartient à personne. C’est un bien commun, un cadeau généreux de la Pachamama. Par conséquent, personne ne peut s’approprier l’eau. »