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DESTINATION
LIMA PÉROU
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Vérité et inertie La Comisión de la verdad au Pérou a rétabli la vérité sur 20 ans de tourments. La population péruvienne et le gouvernement en sont maintenant à l'étape de la réconciliation et de la justice. Par contre, loin de passer à l'action et d'améliorer ainsi le sort du pays, la plupart des Péruviens font comme si ces événements n'avaient jamais existé. L'histoire, le racisme et la situation politique actuelle expliquent en partie pourquoi. |
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Le chemin vers la démocratie et vers un État de droit peut être très ardu. Pour les Péruviens, qui ont connu vingt années de souffrance, de trahison et de terreur, ce chemin paraît encore plus tortueux. De 1980 à 2000, la population péruvienne a subi des violations de toutes sortes des droits humains, que ce soit par des organisations subversives ou par des agents de l'État. Historique de la violence Ce cycle de violence a débuté le 17 mai 1980 lorsque le Parti communiste du Pérou (mieux connu sous le nom de Sentier lumineux ou PCP-SL) a accompli son premier acte de terrorisme : mettre le feu à 11 amphores électorales dans la région d'Ayacucho. L'organisation subversive entrait alors en guerre contre l'État et la société péruvienne. Le but de cette organisation était d'imposer un nouvel ordre politique, social et économique. Durant ces mêmes années naissait également le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA). Même si ce mouvement a joué un rôle important dans les souffrances infligées au peuple péruvien, la majeure partie du conflit a été engendré principalement par le Sentier lumineux. Celui-ci élisait habituellement domicile dans des régions éloignées et peuplées majoritairement par des populations indigènes. Pour cette raison, le conflit a été considéré au début comme un problème marginal. Ceci a permis à l'organisation de poser ses assises. Les attaques surprises qui étaient la signature du PCP-SL ont été difficiles à gérer par les forces policières qui étaient sur place. L'État a donc modifié le type de présence policière. La police de prévention et de vigilance a été convertie en patrouilles contre subversives entraînées pour détruire l'ennemi et non pour protéger la population et ses droits. Cependant, le PCP-SL commençait à prendre de l'expansion et à s'installer encore plus à la campagne et dans les villes. S'ensuivit alors, en 1989, une "militarisation du conflit" par l'instauration de commandos politico-militaires. La stratégie préconisée en était une de répression sans discrimination. Ces "escadrons de la mort" ont conduit vers encore plus de violence. Malheureusement, la capture des leaders des mouvements subversifs n'a pas apporté la paix tant espérée au Pérou. Le contexte politique de l'époque a fait perdurer le conflit. Le président Alberto Fujimori a maintenu l'État d'urgence dans tout le pays afin de dériver l'attention du plan de corruption qu'il formait tout en utilisant les forces armées comme si elles étaient à sa disposition. Les victimes Les conséquences de cette étape de violence se traduisent en statistiques alarmistes et dramatiques : plus de 60 000 morts et plus de 8 500 personnes disparues. Divers crimes et violations des droits humains ont été perpétrés tels que violations sexuelles, tortures, blessures, séquestrations, réclusions forcées, détentions, etc. La majorité des victimes étaient issues de la population indigène, la moins protégée et la plus marginalisée du pays. La langue maternelle de 75 % des victimes était le quechua. Également, le centre névralgique du conflit, la région d'Ayacucho, compte le plus de victimes. Les responsables des violations ne se limitent pas seulement aux organisations subversives, les agents de l'État ont aussi un très lourd bilan. Le Sentier lumineux est responsable de 50 % des morts et des personnes disparues, tandis que les agents de l'État sont responsables de 35 % de ceux-ci. Pour ce qui est des violations sexuelles, 80 % sont le fait des agents de l'État. La Comisión de la verdad Ces faits ont été rassemblés par la Comisión de la verdad y reconciliación qui a été créée le 4 juillet 2001 sous le gouvernement de Valentin Paniagua. Des commissions semblables existent dans des pays ayant connu des années de violence comme le Chili ou la Corée du Sud. Ces commissions sont instituées habituellement afin de rechercher la vérité et comprendre les faits qui ont généré la violence. Avec plus de 15 000 témoignages, plus de 2000 exhumations, un rapport final déposé par le gouvernement en octobre 2003, un Plan Intégral de réparations et l'élaboration de recommandations pour que "ça n'arrive jamais plus" (para que no se repita), la Commission a fait un travail remarquable selon Carlos Ivan Degregori, ex-membre de celle-ci : "Seulement la remise du rapport final est un triomphe". Pour Roberto Cuellar, directeur exécutif de l'institut interaméricain des droits humains, ce premier travail est crucial : "Rétablir la vérité est un pas de plus vers la démocratie". Mais ce travail n'était qu'une partie du mandat. En effet, la Comisión de la verdad au Pérou a un deuxième volet : l'élaboration de propositions de réparations et de réformes afin de favoriser la réconciliation. |
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Photos: Alejandro Balaguer, Abilio Arroyo
et Óscar Medrano
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Femmes ashaninkas, libérées
d'un camp du Sentier lumineux, 1991
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Arrestation par l'armée d'un
couple recruté par le Sentier lumineux, 1985
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Un paysan se remet de blessures
causées par le Sentier lumineux, 1983
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"¿Y después?" : le rôle du gouvernement Les propositions de la commission nécessitent un engagement de la part du gouvernement. Cependant, depuis la remise du rapport, c'est le silence. Le gouvernement et la population parlent peu ou pas de ces conclusions. Un silence qui pèse lourd pour certains. "Il y a eu beaucoup de promesses de la part du gouvernement, mais celles-ci tardent à se concrétiser", mentionne Jaime Urrutia, secrétaire exécutif de la commission multisectorielle de niveau élevé. "Il faut faire preuve de patience et de persévérance lorsque le secteur public ne suit pas". Certaines actions ont été réalisées de la part du gouvernement : le président a demandé pardon pour les événements passés, le gouvernement a créé un Plan de paix et de développement, a créé la commission multisectorielle de niveau élevé pour poursuivre le travail de la CVR et a déclaré le 10 décembre comme la journée nationale de la réconciliation. Cependant, il manque un élément de premier ordre : "Établir la vérité est nécessaire mais cela ne suffit pas, il doit également y avoir justice ", selon Roberto Cuellar. "L'accès à la justice est un droit", selon Jaime Urrutia. La population qui a été la plus touchée par ce conflit, soit la population indigène de la région d'Ayacucho, est celle qui se sent la plus dupée. Au début de la Commission, un travail de sensibilisation a été exécute auprès de cette même population dans le but de recueillir leurs témoignages. On leur avait laissé entendre que le document résultant de leur témoignage leur donnerait accès à une réparation pour tous les maux incomparables qu'ils ont vécus durant les années de violence. Cette promesse non tenue a fait en sorte que le gouvernement a perdu la confiance des gens de cette région. Rôle de la société civile Selon Carlos Ivan Degregori, il est difficile pour le gouvernement d'avoir une forte volonté politique allant dans le sens des recommandations de la Commission puisque présentement, ce même gouvernement a de grandes difficultés à surmonter la corruption, la pauvreté, etc. "Ce qu'il faut alors ce sont des pressions de la société civile." Pourtant, en ce moment, la Comisión de la verdad a quasi disparue de l'agenda public. "Les journaux veulent seulement publier des scandales ou des enquêtes et non pas la "vieille nouvelle" qu'est la CVR", écrit Charlie Smith, journaliste pour le Forum solidaridad. Dans les rues, c'est également le silence : aucune manifestation ou événement pour la population en général. La nation ne semble pas s'intéresser à ce sujet. Il s'agit d'un paradoxe selon Catalina Salazar Herrera, consultante en enquêtes sociales : "Tous les Péruviens ont été touchés de près ou de loin, ils ont tous quelqu'un dans leur entourage qui est décédé durant cette période de violence". Ce que cache cette indifférence La situation économique actuelle du pays fait en sorte que les priorités de certains Péruviens sont beaucoup plus concrètes. "Ils ne savent pas s'ils vont manger durant la journée, alors ils voient un peu cette histoire de violence comme un film, comme si les victimes n'avaient jamais existées", raconte Mme Salazar Herrera. Cette recherche de justice et de démocratie leur semble un but hautement abstrait puisque "la démocratie ne se mange pas". Il existe également un schisme entre la population qui s'explique par le fait que les conflits ont eu lieu dans une région éloignée de la capitale et peuplée par des indigènes, qui étaient considérés autrefois comme des ignorants et qui aujourd'hui sont vus comme des attraits touristiques. Les Liméens se sentent donc moins concernés. Sauf peut être la classe intellectuelle qui tente de faire de la sensibilisation. Par contre, ceci éloigne encore plus les personnes qui ont été victimes du conflit. "La classe intellectuelle s'approprie la représentation et non les indigènes. Donc ceux-ci les rejettent", ajoute Mme Salazar Herrera. Le droit de vivre en paix La population andine, qui est la plus conscientisée, tarde également à faire connaître sa désapprobation au gouvernement selon Catalina Salazar Herrera. "Il existe une résignation à la fatalité de la part de la population andine qui s'explique par le passé violent du Pérou. La plupart ne savent pas qu'ils ont des droits humains." Une chose est certaine, à Huanta, une des villes les plus touchées, les gens savent maintenant qu'ils ont le droit de vivre en paix. Mais ils n'attendent pas le bon vouloir du gouvernement. En réponse aux rumeurs voulant que le Sentier Lumineux revienne, les habitants se sont armés et pensent à des stratégies afin de contrer l'ennemi. Et le souvenir "Dame la sonrisa que te sobre, que a mi me hace falta para vivir, a cambio, te dare parte de mi tristeza, para que tu, si puedes, vivas mi sufrir" |
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Ambiance sonore ( fichiers MP3 ) : 1. Témoignage
d'enfants devenus orphelins (Casa de la memoria, Lima) - 67
secondes |
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Sources : Merci à : |