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DESTINATION
LIMA PÉROU
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L'engagement théâtral
selon le groupe Yuyachkani Depuis près de 33 ans, on les aperçoit partout. Qu'ils soient invités d'honneur de l'Opéra de Pékin ou en plein atelier d'estime de soi dans les régions reculées du Pérou, les membres du groupe Yuyachkani se distinguent par leur intégrité et leur lutte pour le changement social. |
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Le 4 juin 2001, place d'armes de la ville de Lima, face au palais présidentiel, un homme s'adresse au président du gouvernement de transition : "Je suis venu à Lima pour récupérer mon cadavre ( ). La charte des Droits de l'Homme proclame non seulement le droit inaliénable à la vie, mais aussi à une mort propre suivie d'un enterrement du corps." Cet homme parle au nom d'Alfonso Cànepa, le dirigeant d'un groupement paysan, qui fut torturé, puis enterré incomplet dans une fosse commune. Comme des milliers d'autres, il n'a pas eu droit à une sépulture décente et on ignore les conditions précises de sa mort. L'homme qui parle en son nom s'appelle Augusto Casafranca, il est membre du groupe de théâtre Yuyachkani. Il vient aujourd'hui réclamer la mise sur pied d'une commission de la vérité et de la réconciliation afin que lumière soit faite sur les événements qui ont marqué le Pérou lors des 20 dernières années. La déclaration d'Augusto est tirée d'un spectacle solo beaucoup plus complet intitulé Adiós Ayacucho. Monté en 1990 et joué aussi souvent que nécessaire depuis, ce récit présente la quête d'un homme mort des mains de la garde civile, qui effectue la route Ayacucho - Lima afin de récupérer les membres perdus de son corps. Cette pièce, parlant au nom des victimes de la guerre et de leur famille, n'est seulement qu'une parmi le répertoire particulièrement engagé du groupe Yuyachkani. Effectivement, depuis plus d'une trentaine d'année, les Yuyachkaniens se questionnent sur le rôle du théâtre dans le contexte social péruvien. Qui sont-ils ? C'est en 1969 que des finissants de différentes écoles de théâtre se rassemblent pour la première fois dans une troupe nommée Yégo. On est alors à l'époque des créations collectives et les uvres qui découlent de cette union répondent à un désir de créer un théâtre moderne et différent de la génération précédente. L'arrivé de Miguel Rubio Zapata, actuel directeur artistique du groupe, provoque toutefois un questionnement chez certains membres. Après quelques rencontres avec ce jeune étudiant en sociologie, ils en arrivent à la conclusion que leurs motivations ne correspondent plus aux objectifs du groupe et qu'il faut revoir la formule. On est en 1971 et Yuyachkani est né. Yuyachkani, qui signifie Je me souviens en langue quechua, naît d'abord sous la forme d'une publication mensuelle. On y trouve de la poésie, des photos, des essais littéraires, ainsi que toute autre uvre graphique jugée pertinente. Le théâtre demeure bien sûr présent, mais seulement par l'entremise de lectures publiques et d'interventions de rue où on en profite pour distribuer le journal à un plus large public. Malheureusement, la production papier coûte de plus en plus cher, alors que les performances, pratiquement rien. On laisse donc tomber le journal. À partir de ce moment, les événements déboulent pour la troupe. Ils sont invités à faire une tournée en Europe où ils obtiennent un succès retentissant à chaque nouveau pays visité. Cette expérience les amène à prendre une décision majeure dans leur parcours : dorénavant, ils vivront de leur art. Les années qui suivent sont composées d'une suite de succès et de réflexions toujours plus poussées sur la manière dont devrait se pratiquer le théâtre. À ce jour, après 33 ans d'existence, on les retrouve en tête du mouvement théâtral en Amérique latine et il n'est pas rare de les voir présenter des conférences aux États-Unis, en Italie ou au Brésil. |
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Photos: Yuyachkani
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Augusto dans la scène finale
de "Adiós Ayacucho"
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Ana et la foule lors du 30e anniversaire
du groupe
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Représentation extérieure
de la pièce "Adiós Ayacucho"
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L'acteur complet À force d'explorations et de rencontres, les membres du groupe en sont vite arrivés à une conclusion : s'ils veulent rejoindre avec leurs oeuvres le peuple andin, les habitants de la selva, les gens du nord et du sud, il leur faut connaître leurs traditions. Pour traiter de ce qui se vit actuellement au pays et des problématiques qui s'y déroulent, il est impératif de connaître les danses, les fêtes et les instruments de musique des principales régions visées. Pour transmettre ce message au plus large public possible, du spectateur de théâtre le plus attentif au simple passant qui croise l'une de leur performance, il faut qu'il soit particulièrement accrocheur. De ces premières réflexions est née l'idée de l'acteur complet qui est non seulement comédien, mais aussi danseur, chanteur, acrobate, clown, musicien, mime, échassier, jongleur Bref, un acteur qui maîtrise le plus de médiums de communication possible. L'acteur intégral Le concept d'acteur intégral, quant à lui, apparaît vers la fin des années 1980. Il y a déjà 10 ans que le pays subit les assauts du Sentier Lumineux et la situation ne semble pas vouloir s'arranger. On s'aperçoit que le gouvernement est incapable de gérer la crise et que l'armée participe activement à augmenter le nombre de disparus. Le groupe se pose alors deux questions primordiales : "Que peut faire le théâtre dans ces moments et que doit en dire Yuyachkani?" On en conclut que pour créer, l'acteur devrait dorénavant s'inspirer directement du contexte social, politique, historique et religieux dans lequel il évolue. De cette nouvelle méthode travail, Miguel Rubio Zapata, le directeur artistique du groupe, dira ceci : "Il en surgit un théâtre d'urgence, avec des uvres créées au service des nécessités locales, un théâtre pour le débat, une prise de conscience des problèmes fondamentaux et la recherche commune de voies de solutions." Aidé de ces nouveaux principes, Yuyachkani travail depuis à jouer un rôle crucial dans le changement social. Les uvres montées s'appliquent à explorer quatre grands thèmes : les mythes et rituels locaux, le théâtre et la politique, le culte des idéologies et la récupération de la mémoire. La mémoire Tout le travail accompli dans les quatre dernières années par le groupe s'inscrit dans un immense projet intitulé La persistencia de la memoria (La persistance de la mémoire). Le pays est maintenant beaucoup plus calme, la guerre au terrorisme est officiellement terminée et on s'est offert un nouveau gouvernement. Tranquillement, la vie quotidienne reprend le dessus et les gens commencent déjà à oublier mais l'histoire s'est répétée trop souvent et les victimes sont toujours les mêmes. C'est afin d'éviter que les erreurs commises par le passé se reproduisent que Yuyachkani a mit en branle ce projet. L'intervention demandant la mise sur pied d'une Commission de la vérité et réconciliation (CVR) en faisait partie et elle a porté fruit. Elle fut suivie d'une tournée à travers le pays où le groupe est allé rencontrer le peuple andin afin de lui rendre hommage. Le groupe a aussi publié de nouveau une revue et il a participé à plusieurs événements organisés par la CVR. Le dernier chapitre de cette vaste entreprise se déroule présentement à Lima sous la forme d'un spectacle intitulé El museo (Le musée). Construite uniquement à partir de témoignages et de textes véridiques, l'uvre retrace des moments importants de l'histoire du Pérou tels la guerre du Pacifique, le Sentier Lumineux, le gouvernement de Fujimori et même le gouvernement actuel. Le récit tente de tracer des liens entre les différents événements tout en questionnant le rôle qu'ont eu l'éducation et la religion sur le développement du pays. L'objectif de ce spectacle est bien sûr de toucher les gens, mais surtout de provoquer une réflexion... Au fils des ans, le groupe ne s'est pas fait que des amis, mais si les hauts milieux lui ferment de plus en plus leurs portes, Yuyachkani s'efforce d'ouvrir les siennes. Il accueille fréquemment des groupes venus de l'étranger afin de partager la vision d'un théâtre qui se trouve à des kilomètres de celui pratiqué actuellement en Occident. Un théâtre accessible à toutes les classes de la société, se battant pour les droits du peuple Un théâtre désinstitutionnalisé, évoluant au rythme de son pays. |
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Ambiance sonore ( fichiers MP3 ) : 1. Extrait
du spectacle "El Museo", Yuyachkani, 2004 - 40 secondes |