Les enfants du Soleil
Par Guillaume Alain, stagiaire Québec sans frontières au Madagascar
En marchant dans les rues de Tana, nous croisons des centaines d’enfants. Certains semblent plus démunis que d’autres : leur hygiène corporelle ne semble pas être entretenue, leurs vêtements sont usés, ils portent parfois de très jeunes enfants sur le dos ; de très grandes responsabilités leur sont attribuées, apparemment. Ils semblent tellement seuls. On a l’impression que personne autour ne s’en préoccupe, que personne ne veut les voir. Ils font comme s’ils n’existaient pas. Ils nous abordent, nous tendent la main en marmonnant quelques mots pour nous demander de l’argent. On essaie de s’intéresser à eux, la moindre des choses, en leur faisant la conversation. On aperçoit des sourires, mais nous sommes complètement impuissants et ignorants. Nous ne savons pas si leurs parents les attendent pour le repas ou s’ils dormiront dans la rue cette nuit. Nous ne connaissons rien de leur réelle situation et nous ne pouvons rien faire.
La visite du village des enfants du soleil à Antsirabe, une association française existant dans tout le pays qui vient en aide aux femmes et aux enfants de la rue, nous a beaucoup éclaircis sur la problématique des enfants de la rue. Surtout, elle nous a fait réaliser une immense volonté de changement pour ces jeunes gens marginalisés. Ils n’attendent pas que les jeunes se présentent à eux pour demander de l’aide. Les éducateurs de cet organisme descendent deux fois par mois dans les rues de la ville pour rencontrer les enfants. Cela montre qu’ils s’intéressent vraiment à leur réelle situation. Ces enfants y ont souvent été par eux-même. Certains sont victimes de violence parentale. D’autres sont mêlés dans une histoire de divorce puis de remariage qui tourne mal ou dans toute autre situation qui est trop lourde, étouffante ou difficile à supporter pour l’enfant. Parfois, ce sont les parents qui rejettent leur enfant, ce qui s’explique par d’autres problèmes sociaux que l’on peut imaginer. Pour certains, les parents sont complètement inconnus.
Les éducateurs vont d’abord évaluer avec la justice malgache si l’enfant est en danger dans son milieu familial et si cet environnement est propice à une saine éducation. Ils jugeront donc s’il vaut mieux qu’il soit placé dans une famille du village d’enfants ou non. Si la réponse est négative, ils tenteront une réinsertion dans la famille et s’assureront que l’enfant aille à l’école et qu’il ait tout en sa possession pour combler ses besoins. Ils leur fourniront même des vivres s’il y a un problème d’ordre économique. Ils les suivront fréquemment pour assurer une réinsertion durable et complète.
Il se peut aussi qu’il soit préférable pour des raisons sécuritaires que l’enfant soit pris en charge par une des familles du village d’enfants. Ces familles, comme celle de Claude et sa conjointe, sont constituées d’une douzaine d’enfants. Leurs grands cœurs ne refuseront par contre aucun enfant dans le besoin même si la maison est pleine à craquer. Grâce à sa nouvelle famille, un enfant reçoit tout ce dont il a besoin pour être en santé et épanoui. Soit trois bons repas par jour, un espace confortable pour dormir, pour étudier, pour se divertir et le plus remarquable et le plus important, l’amour parental que les éducateurs leur donnent ainsi qu’une structure familiale. Les enfants gardent, à leur choix, un lien avec leurs parents biologiques. Ils peuvent les visiter. Certains enfants pourront alors être réinsérés si amélioration il y a. Il y par contre, aussi, des enfants qui refusent d’être pris en charge et qui veulent rester dans la rue. Évidemment, on respecte leur choix. Ces enfants sont souvent trop attachés au fait de gagner de l’argent en travaillant ou aux films qu’ils peuvent apprécier gratuitement à certains endroits. Avec l’habitude, ils ont peut-être trouvé un certain confort dans leur situation.
En négligeant aucun cas d’enfants de rue, peu importe la gravité de leur situation et en se penchant sur la réinsertion de chacun d’entre eux, ils semblent vouloir répandre l’égalité à travers tous les enfants. Ceci est remarquable, admirable et tellement beau. Il faudrait probablement beaucoup plus de ressources financières, matérielles et humaines ainsi que la résolution de nombreux problèmes sociaux pour que chaque enfant ait réellement la même chance d’épanouissement. Toutefois, les enfants du soleil marquent le commencement d’une réelle justice.